Au bout du quai, dans les anciens locaux du ski nautique, la Crêperie Fleur de Seine sert depuis 2013 des galettes généreuses, une crêpe qui fait taire les tables, et une idée assez rare de ce que veut dire « faire maison ».
VERNON (Eure). Il y a, dans chaque ville, un endroit où l’été devient supportable. À Vernon, cet endroit se trouve au ras de l’eau, là où la Seine ralentit et où l’air, même par les après-midi les plus écrasants, garde une petite fraîcheur de rivière. C’est là que Yann et Quentin, les deux complices du média Sur le Banc, ont posé leurs assiettes pour le nouvel épisode d’« Au coin de la Rue ».
Ils étaient venus pour l’ombre. Ils sont repartis avec une histoire.
La Crêperie Fleur de Seine n’a rien d’une adresse secrète : les Vernonnais la connaissent, les visiteurs de Giverny la découvrent, et ses terrasses se remplissent dès que le thermomètre grimpe. Mais peu de clients savent que le lieu a déjà vécu plusieurs vies. Avant les galettes, il y a eu le Moulin Vert, puis le Quai 37, et le local du club de ski nautique. Depuis 2013, c’est Armel qui tient la barre.
Son parcours ressemble à celui de beaucoup d’enfants du pays. L’école hôtelière à Paris, puis la direction d’un restaurant dans la capitale. Une formation de maître crêpier à Rennes, parce qu’on ne s’improvise pas crêpière. Et puis, un jour, l’envie de rentrer. Vernon, Saint Adjutor, les origines. On part, on revient : à Vernon, c’est presque une tradition locale.
Les débuts n’ont pas été simples. L’affaire, d’abord familiale, a dû grandir vite, parfois plus vite que prévu. Pendant le Covid, quand tant de restaurants fermaient leurs rideaux, Fleur de Seine a lancé la livraison, puis racheté le local voisin pour s’agrandir. Un pari, à une époque où parier semblait déraisonnable. Il a été gagné. Aujourd’hui, la maison compte 120 couverts à l’intérieur, une terrasse de 50 places, et une seconde terrasse, les pieds presque dans l’eau, réservée à l’apéritif.
Une crêpe, et le silence
À table, les deux complices ont suivi un protocole éprouvé. D’abord, trinquer, comme à chaque épisode. Ensuite, commander sérieusement.
Yann a choisi la Barbe Bleue, l’un des best-sellers de la maison : haché de bœuf, poitrine fumée, oignons, emmental, fondue de tomate et sauce au bleu d’Auvergne, avec sa salade verte. Une galette qui ne fait pas semblant. Quentin, lui, est parti vers l’Italie avec la Mama Mia : burratina, emmental, jambon à la truffe et velours balsamique.
Puis est venue la phrase que tout client de crêperie a prononcé au moins une fois : « juste une petite crêpe ».
Elle s’appelle la Salidou. Caramel au beurre salé maison, chocolat chaud maison, amandes grillées, chantilly maison. Selon les témoins, la conversation s’est arrêtée net. Plus personne ne regardait la Seine.
Petit conseil aux retardataires : le salé n’est plus servi après 14h30. Les amateurs de Barbe Bleue sont prévenus.
Grandir dans la maison
Ce qui frappe pourtant à Fleur de Seine, au-delà du caramel, c’est l’équipe. Une dizaine de personnes à l’année, cinq en cuisine et cinq en salle, et jusqu’à vingt salariés au cœur de l’été. Armel en parle comme d’une famille, et ce n’est pas une formule : les moments partagés hors service, les événements organisés ensemble, l’attention portée à chacun.
Surtout, il y a les trajectoires. Le directeur de salle a commencé comme serveur. La cheffe de cuisine a débuté à la plonge. Dans un métier réputé pour son usure et son turnover, ces parcours racontent quelque chose de simple : ici, on ne se contente pas de recruter, on fait grandir.
Cet attachement a ses conséquences. Un jour, un client a laissé au restaurant une note d’une étoile, jugeant les prix dignes d’une brasserie parisienne. Détail savoureux : il n’était pas encore venu. Il s’est présenté le lendemain. Armel est allée le trouver à sa table, lui a demandé s’il était bien l’auteur de l’avis, et l’a invité à aller déjeuner ailleurs. Une patronne qui défend son équipe bec et ongles : il existe des manières moins élégantes de tenir une maison.
Le spot de l’été
Entre la clientèle vernonnaise, fidèle, et les promeneurs venus de Giverny, Fleur de Seine a trouvé sa place : celle d’un endroit où l’on ne se presse pas. Les planches de charcuterie circulent sur la terrasse, les verres s’entrechoquent, la rivière fait le reste. Et quand le soleil tape trop fort, la salle intérieure, belle et chaleureuse, offre un repli tout aussi confortable.
Par les grosses chaleurs, la question n’est donc pas de savoir où trouver un peu de fraîcheur à Vernon. Elle est de savoir si l’on résistera, en fin de repas, à la petite crêpe.
Yann et Quentin, eux, connaissent déjà la réponse.
Crêperie Fleur de Seine, bord de Seine, Vernon. Ouvert du mardi au dimanche. Service du salé jusqu’à 14h30.
Retrouvez l’épisode complet d’« Au coin de la Rue » en vidéo sur Sur le Banc. Et vous, c’est quoi votre spot d’été à Vernon ? Dites-le nous en commentaire, on ira le tester.

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