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  • À Vernon, les cookies ont un prénom – Les Biscuits de Nate

    À Vernon, les cookies ont un prénom – Les Biscuits de Nate

    Après six ans à jongler entre l’univers du luxe et sa passion pour la pâtisserie, Audrey a ouvert Les biscuits de Nate rue aux Huilliers. Un mois plus tard, la boutique écoule 200 cookies par jour. Sur le Banc est allé vérifier. Avec un invité à quatre pattes.

    On l’entend souvent : il ne faut jamais faire les courses le ventre vide. Personne, en revanche, ne prévient qu’il ne faut pas passer rue aux Huilliers le nez libre.

    Car avant même de voir la vitrine, on la sent. Beurre, chocolat, cookie tout juste sorti du four. Une odeur qui a le don de dévier les trajectoires : on allait à la banque, on se retrouve devant un comptoir.

    Bienvenue aux Biscuits de Nate, la boutique de cookies faits maison qui vient d’ouvrir au 7 rue aux Huilliers. Elle n’a qu’un mois. Elle en vend déjà 200 par jour.

    Deux vies, un seul four

    Derrière le comptoir, il y a Audrey. Et derrière Audrey, il y a une double vie.

    Pendant six ans, elle a travaillé dans le luxe et les cosmétiques. Le soir et les week-ends, elle enfilait un autre tablier : celui de sa micro-entreprise de pâtisserie. Deux métiers, deux agendas, une seule énergie. Six années à observer le marché, à tester des recettes, à affiner une idée.

    Puis un jour, la petite phrase que tous les entrepreneurs finissent par entendre dans leur tête : « C’est maintenant. »

    Le luxe, elle ne l’a pas tout à fait quitté. Il s’est installé dans la boutique. La déco est classe, élégante, soignée jusque dans les détails. On entre pour un cookie, on a l’impression de pousser la porte d’une maison de haute couture. Version chocolat.

    Parisienne, Vernonnaise de cœur

    Audrey arrive de Paris. Il y a deux ans, elle s’installe dans la région. Et, comme tant d’autres avant elle, elle tombe sous le charme. La liste des Parisiens convertis à Vernon s’allonge, et la ville n’a visiblement pas fini de faire des victimes.

    Au moment de lancer son projet, elle le présente à l’agglomération et à la Ville. Mais pour l’emplacement, sa décision est prise : ce sera Vernon. Pour son côté familial. Pour cette ville qui bouge du mardi au samedi. Un mois après l’ouverture, les clients lui donnent raison.

    Le secret est dans le nom

    Voici le détail qui change tout. Aux Biscuits de Nate, chaque cookie porte un prénom. Pas un nom inventé par un service marketing : celui d’un proche d’Audrey. Et chaque recette raconte le caractère de la personne qui l’a inspirée.

    Commander un cookie, ici, c’est donc un peu faire connaissance avec quelqu’un. Les deux plus demandés, selon Audrey et ses clients : le Harmony et le Nate. Quant à savoir qui est Nate, la question brûle les lèvres. On vous laisse la poser vous-même.

    Tout est fait maison. Des desserts du jour complètent la vitrine, et les cookies changent de parfum au fil des saisons. Revenir dans trois mois, c’est donc goûter une autre boutique.

    Matcha, ube et golden latte

    Côté tasse, l’endroit passe en mode barista. Matcha, ce thé vert japonais en poudre. Golden latte, au curcuma. Et l’ube, une igname violette très populaire aux Philippines, qui donne à la boisson une couleur que personne ne s’attend à trouver dans un gobelet.

    Quentin a choisi le matcha. Yann a tenté l’ube. Verdict : une vraie découverte, et un violet qui a fait sensation sur la table. Le duo cookie et matcha, lui, s’est déjà imposé comme le rituel préféré des habitués.

    Le plus malheureux de la bande

    Pour ce tournage, Sur le Banc accueillait un nouveau membre : Blue, le berger australien de Yann. Première sortie officielle. Gourmandise au niveau de l’équipe.

    Il a eu le droit de sentir. Uniquement de sentir, le chocolat étant formellement déconseillé aux chiens. On ne l’a jamais vu aussi attentif devant une vitrine.

    Pour les humains, en revanche, aucune contre-indication. Il faut venir. Goûter. Et surtout sentir, en poussant la porte, ce parfum de cookie chaud qu’aucune vidéo ne saura jamais transmettre.

    Infos pratiques

    Les biscuits de Nate, Audrey
    7 rue aux Huilliers, 27200 Vernon
    Cookies faits maison · Desserts du jour · Matcha · Ube · Golden latte

  • Pourquoi la rue d’Albuféra porte ce nom ? L’histoire folle d’une lagune espagnole au coeur de Vernon

    Pourquoi la rue d’Albuféra porte ce nom ? L’histoire folle d’une lagune espagnole au coeur de Vernon

    Une rue normande, un maréchal d’Empire, une lagune espagnole et seize ans de mairie. Bienvenue dans les Secrets de Vernon.

    Il y a des noms de rues qui s’expliquent en deux secondes. La rue de la Mairie, la rue du Moulin, la rue des Fleurs… et puis il y a la rue d’Albuféra. Celle-là, elle mérite qu’on s’arrête. Parce que derrière ces quelques syllabes au parfum méditerranéen se cache une histoire qui traverse deux générations, deux pays et un Empire.


    1860 : Vernon se modernise, et une rue naît

    Tout commence en 1860. Vernon, alors en pleine transformation, voit s’élever un nouveau pont sur la Seine. Et qui dit nouveau pont dit nouveau quartier, dit nouvelle rue. On lui cherche un nom. On en trouve un beau, un qui sonne, un qui raconte quelque chose : Albuféra.

    C’est le nom d’une lagune côtière au sud de Valence, en Espagne. Bleue, tranquille, ensoleillée. Tout le contraire d’une rue normande en novembre, mais c’est justement ça qui est délicieux.


    Le père : un maréchal, une victoire, un titre

    Pour comprendre pourquoi ce nom a atterri à Vernon, il faut d’abord faire connaissance avec Louis-Gabriel Suchet. Général de Napoléon, maréchal d’Empire, il est l’un des seuls à avoir reçu son bâton de maréchal directement sur le sol espagnol, en 1811, après la prise de Valence. L’Empereur, impressionné, lui offre un titre à la mesure de sa victoire : duc d’Albuféra.

    Wellington lui-même, pourtant pas du genre à distribuer les compliments à ses adversaires, le considérait comme le meilleur général français en Espagne. La classe.

    Suchet ne s’installe pas à Vernon à proprement parler, mais il n’est pas loin non plus. Son château de Saint-Just, acquis par son frère en 1805 puis récupéré par le maréchal, se trouve à une dizaine de kilomètres au sud-est de la ville, sur la commune du même nom. À partir de 1816, il y lance de grands travaux : architecte, mobilier Empire, parc redessiné à l’anglaise. Cinq cents hectares bordant la Seine, pour un homme habitué à camper sous les étoiles espagnoles. On le comprend.

    Il décède à Marseille en 1826. Aujourd’hui encore, le château de Saint-Just, classé Jardin remarquable, reste une propriété privée. Un secret bien gardé, aux portes de Vernon.


    Le fils : l’homme qui a vraiment gouverné Vernon

    C’est ici qu’entre en scène le vrai héros vernonnais de cette histoire : Louis Napoléon Suchet, 2ème duc d’Albuféra, né à Paris le 23 mai 1813. Lui, il hérite du titre, du nom et d’une ambition bien à lui : la politique.

    Il débute à Paris dès 1838, succédant à son père à la Chambre des pairs. En 1848, les conservateurs de l’Eure frappent à sa porte : ils cherchent un candidat solide, respectable, bien né. Il accepte et entre à l’Assemblée législative, soutenant la politique du président Bonaparte. On ne choisit pas son camp au hasard quand on s’appelle Napoléon Suchet.

    En 1854, il devient maire de Vernon. Il le restera seize ans, jusqu’en 1870. C’est lui qui voit naître ce nouveau pont, ce nouveau quartier, cette rue qui portera le nom de sa famille. La rue d’Albuféra, c’est en quelque sorte sa carte de visite gravée dans le pavé.

    Il décède à Paris en 1877, à 64 ans. Mais Vernon ne l’oublie pas. Une statue à l’hôtel de ville, une rue au coeur de la ville : les Suchet ont laissé leur empreinte, profondément ancrée dans la pierre et dans l’histoire.


    Un nom, deux hommes, une saga

    La rue d’Albuféra, c’est donc l’histoire d’une double filiation. Celle d’un père qui conquiert une lagune espagnole pour Napoléon et reçoit un titre en récompense. Et celle d’un fils qui choisit Vernon pour terrain d’engagement politique et y gouverne pendant seize ans.

    Le nom venu d’Espagne, la légitimité gagnée à la guerre, l’ancrage local construit sur la durée : voilà comment une lagune de Valence s’est retrouvée sur une plaque de rue en Normandie.

    La prochaine fois que vous empruntez la rue d’Albuféra, regardez la plaque différemment. Derrière ce nom chante toute une épopée.

  • À Vernon et Giverny, l’art contemporain rend visite à Monet – SPOT 2026

    À Vernon et Giverny, l’art contemporain rend visite à Monet – SPOT 2026

    Pour le centenaire de la mort de Claude Monet, le Département de l’Eure lance SPOT : cinq artistes contemporains investissent le patrimoine de Vernon et de Giverny jusqu’au 5 décembre. Ouverture en fanfare lors des Journées européennes du Patrimoine. Et tout est gratuit.

    Il y a des pierres que l’on ne regarde plus. La Collégiale, on la contourne en allant au marché. Les Tourelles, on les salue d’un coup d’œil en longeant la Seine. Elles sont là depuis des siècles, fidèles, patientes, un peu oubliées.

    Cet automne, elles vont avoir de la visite.

    Le 5 décembre 2026, cela fera exactement cent ans que Claude Monet s’est éteint à Giverny. Plutôt qu’une plaque commémorative ou un discours de plus, le Département de l’Eure a choisi une réponse plus audacieuse : inviter cinq artistes d’aujourd’hui à dialoguer avec le patrimoine de la vallée. Le nom de l’opération tient en quatre lettres, SPOT, et sa promesse en une image : un musée à ciel ouvert, des deux côtés de la Seine.

    Cinq artistes, sept lieux

    À Vernon, la Collégiale Notre-Dame accueille Lucie Reverdiau et ses installations végétales : fleurs séchées, feuillages, écorces. Au Jardin des Arts et au Château des Tourelles, Makiko Furuichi déploie un univers foisonnant où se croisent aquarelle, céramique, ciment et dessin. À la Maison Pierre Bonnard, Flora Moscovici peint directement sur place, avec des lavis, des pigments et de la chaux, en conversation avec les murs eux-mêmes.

    À Giverny, l’Ancien Hôtel Baudy ouvre ses portes à Olivia De Bona, qui passe du dessin à la peinture, du textile à la céramique pour explorer le motif et les représentations du féminin. Et à l’église Sainte-Radegonde, William Amor présente ses « Créations Messagères » : des fleurs d’une grande délicatesse, façonnées à partir de déchets plastiques.

    Oui, nos déchets. Monet aurait sans doute apprécié qu’on continue, un siècle plus tard, à faire pousser des fleurs là où on ne les attend pas.

    Un week-end d’ouverture qui danse

    Pour lancer l’aventure, SPOT s’est calé sur les Journées européennes du Patrimoine. Le coup d’envoi est donné le vendredi 18 septembre à 18h30 au Château des Tourelles, suivi à 19h d’un spectacle de danse du chorégraphe Sylvain Groud et du Ballet du Nord.

    Le samedi 19, le Ballet du Nord traverse la Seine pour deux représentations de vingt minutes à l’Hôtel Baudy, à 15h et 16h. Le soir, à 20h, retour aux Tourelles pour « Les Impressionnantes », une soirée qui mêle danse, théâtre, musique et body painting.

    Le dimanche 20, la Compagnie des Petits Champs propose à 14h une lecture théâtralisée, « Monet en Seine », à la Maison Bonnard. À 16h, les élèves du Conservatoire Seine Normandie donnent un concert salle Maubert, à l’espace Yolande-Moreau.

    Entre deux spectacles, le week-end se décline en visites guidées de la Maison Bonnard et de la Tour des Archives, en visite à la bougie de la Collégiale le samedi, en découverte de son orgue le dimanche, en pique-nique dans les jardins de la Maison Bonnard le dimanche midi. Les plus sportifs pourront même rejoindre la Maison Bonnard en kayak avec le SPN de Vernon, ou suivre le parcours SPOT à vélo, en partie sur La Seine à Vélo.

    Un conseil d’ami : certains rendez-vous sont sur réservation. Mieux vaut ne pas attendre le dernier moment.

    Jusqu’au 5 décembre

    Pour ceux qui ne sont pas du genre à se presser, les œuvres restent visibles jusqu’au 5 décembre, date anniversaire de la disparition du peintre. Seule exception : l’Hôtel Baudy, qui ferme ses portes le 1er novembre. L’exposition d’Olivia De Bona est donc à découvrir jusqu’au 31 octobre.

    Autrement dit, il reste tout l’automne pour redécouvrir des lieux que l’on croyait connaître. Et, peut-être, lever enfin les yeux en passant devant la Collégiale.

    Monet a passé sa vie à peindre la lumière. Cet automne, cinq artistes se chargent de la rallumer.

    Infos pratiques

    SPOT 2026, l’art contemporain au cœur du patrimoine
    Du 19 septembre au 5 décembre 2026, Vernon et Giverny
    Un événement du Département de l’Eure
    Gratuit (certains spectacles et visites sur réservation)

    Horaires des lieux

    • Jardin des Arts (Vernon) : tous les jours, 8h30-18h
    • Collégiale Notre-Dame (Vernon) : tous les jours, 8h30-19h (sauf cérémonie religieuse)
    • Maison Pierre Bonnard (Vernon) : sur réservation
    • Château des Tourelles (Vernon) : en extérieur, accès libre
    • Ancien Hôtel Baudy (Giverny) : du mardi au samedi 11h30-15h30 et 18h30-21h, le dimanche 11h30-17h. Fermé à partir du 1er novembre
    • Église Sainte-Radegonde (Giverny) : tous les jours, 9h-18h (sauf cérémonie religieuse)

    Programme complet et réservations : eureennormandie.fr

  • À Vernon, l’homme qui lit dans les couleurs

    À Vernon, l’homme qui lit dans les couleurs

    Formé aux États-Unis puis à Paris, le Vernonnais Maxime a ouvert Maximage rue d’Albufera. Sa spécialité : la colorimétrie, l’art de trouver les teintes qui vous illuminent. Sur le Banc a poussé la porte.

    Il y a, dans presque toutes les armoires, un pull que l’on porte tout le temps. Souvent bleu marine, parfois beige. On l’aime bien. On le trouve pratique. Et il ne nous va pas du tout.

    Personne ne nous l’a jamais dit. Maxime, lui, le voit en quelques secondes.

    Depuis 2025, ce Vernonnais d’origine exerce dans sa ville. Il reçoit à la Maison Beauté et Bien-être, au 23 rue d’Albufera. Son métier, que beaucoup découvrent encore : expert en colorimétrie et en image. Son outil de travail tient dans une pile de drapés colorés. Son terrain de jeu, c’est votre visage.

    Une question de sous-ton

    Le principe est d’une simplicité presque vexante. Chaque peau possède un sous-ton, chaud ou froid. Une couleur qui le contrarie grise le teint et creuse les cernes. Une couleur qui l’accompagne l’éclaire, fait ressortir le regard et vaut à celui qui la porte ce compliment si rare : « Tu as bonne mine. » Autrement dit, on peut paraître fatigué sur toutes ses photos pendant des années sans avoir dormi une minute de moins que les autres.

    Popularisée aux États-Unis dans les années 1980, la colorimétrie a fait un retour remarqué sur les réseaux sociaux ces dernières années. Maxime, lui, en a fait bien plus qu’une tendance : un métier.

    Des États-Unis à la rue d’Albufera

    Enfant, il était déjà amoureux de la mode et de la beauté. C’est pourtant de l’autre côté de l’Atlantique qu’il trouve sa voie. Pendant deux ans aux États-Unis, où le conseil en image est un métier installé de longue date, il découvre la profession. Un vrai coup de cœur, raconte-t-il, et le sentiment d’une vocation tracée depuis l’enfance.

    Suivent une formation à Paris, en maquillage et en yoga du visage, puis la création de sa société en mai 2024. L’année suivante, il rentre à la maison.

    Pas un avis : une analyse

    Chez Maximage, tout commence par un examen attentif de la peau, des yeux et des cheveux. Les drapés défilent sous le visage, un par un, jusqu’à ce que les bonnes teintes s’imposent. Et si votre couleur fétiche vous éteint, Maxime vous le dira. Avec bienveillance, mais il vous le dira.

    Le diagnostic se prolonge en conseils très concrets : le teint, le maquillage, les soins de la peau, le morpho-style (l’art de choisir les coupes et les formes qui mettent une silhouette en valeur). Attentif à chaque produit, il assure qu’à 40 ans, on peut en paraître 20. Pour un coup d’éclat immédiat, il pratique aussi le kobido, un massage du visage d’origine japonaise qui, selon lui, rend le teint 30 % plus éclatant.

    On vient le voir avant un entretien d’embauche, un mariage, une prise de poste ou une séance photo. Ou sans raison particulière, simplement pour soi. La démonstration, en images, est à voir dans notre vidéo.

    Se sentir bien, d’abord

    Car l’essentiel, chez lui, n’est ni la tendance ni la transformation spectaculaire. Son premier objectif est de sensibiliser : aider chacun à se sentir bien dans sa peau. « Je t’aide à faire les meilleurs choix pour révéler ton plein potentiel », résume-t-il.

    Il aurait pu exercer n’importe où. Il a choisi Vernon.

    Et quelque part en ville, un pull bleu marine vit peut-être ses dernières semaines.


    Infos pratiques

    Maximage, Maxime, expert en colorimétrie et en image
    Maison Beauté et Bien-être, 23 rue d’Albufera, 27200 Vernon
    Couleurs · Maquillage · Skincare · Morpho-style · Kobido · Coaching image
    Rendez-vous : https://www.planity.com/maison-de-beaute-et-bien-etre-27200-vernon

  • À Vernon, une boutique qui ne vend que ce qu’elle aime

    À Vernon, une boutique qui ne vend que ce qu’elle aime

    Rue des Tanneurs, Elsa Bordas-Lavigne a rassemblé éventails, bijoux, vêtements et objets de table autour d’une règle unique : le coup de cœur. Quentin et Yann y sont entrés sans idée cadeau. Ils n’en sont pas ressortis de la même manière.

    Il existe, dans toute ville, une catégorie de personnes que les fêtes de fin d’année plongent dans une angoisse discrète mais tenace. Ce sont celles qui, à trois jours d’un anniversaire, errent dans les allées d’un magasin en espérant qu’un objet leur fasse signe. Elles finissent généralement par acheter une bougie.

    Quentin et Yann, de Sur le Banc, appartiennent à cette catégorie. Ils l’assument.

    C’est donc avec une certaine humilité qu’ils ont poussé la porte de Tout l’Tralala, au 4 bis rue des Tanneurs, à Vernon. Ils n’avaient ni liste, ni plan, ni stratégie. Ils sont repartis avec des sacs.

    Un inventaire qui refuse de se ranger

    La première impression, en entrant, est celle d’un lieu qui n’a pas été conçu par un service marketing. Et c’est un compliment.

    Il y a des éventails, de beaux éventails, du genre qu’on ouvre lentement pour voir ce qu’ils racontent. Il y a des vêtements, des accessoires, des bijoux. Il y a de la décoration. Et il y a des objets de table qui produisent un effet étrange sur le visiteur : l’envie soudaine d’organiser un dîner, simplement pour avoir une raison de les sortir.

    Presque tout ici relève de l’artisanat. Une bonne partie des créateurs sont des connaissances de la maîtresse des lieux. Et beaucoup de ces pièces ne se trouvent nulle part ailleurs, pour une raison assez simple : il n’existe qu’une seule boutique Tout l’Tralala, et elle est à Vernon.

    « Ce sont juste mes coups de cœur »

    Derrière le comptoir, il y a Elsa Bordas-Lavigne. Et c’est elle, bien davantage que les étagères, qui explique le lieu.

    Son parcours ressemble à une carte de France tracée à main levée. Lyonnaise d’origine, elle est partie à Nice, puis revenue à Lyon, avant qu’une histoire d’amour ne la conduise non loin de Vernon. La ville l’a séduite. Elle y est restée.

    Avant d’être commerçante, elle a été vendeuse. Puis créatrice d’accessoires textiles. Tout l’Tralala, qu’elle a ouvert en 2019, est en quelque sorte la réunion de ces deux vies, animée par une envie formulée sans détour : rencontrer des gens, partager sa passion, et « proposer des choses qui sortent de l’ordinaire ».

    Pendant six ans, la boutique a vécu rue d’Albufera. Elle a désormais déménagé rue des Tanneurs. L’adresse a changé, pas l’esprit : bohème, chaleureux, sans aucune pression.

    Quand on lui demande quelle logique préside à ses choix, Elsa répond avec un sourire qui désarme toute tentative d’analyse : ici, ce sont juste ses coups de cœur. Pas de tendance à suivre. Pas de calcul. Seulement des objets qu’elle aime.

    Le nom de la boutique, dès lors, s’explique de lui-même. C’est tout ce qu’elle aime. Tout le tralala.

    La créatrice derrière la commerçante

    Elsa n’a jamais cessé de créer. Sous le nom de Jo la Frisette, elle continue de fabriquer ses propres pièces textiles : étoles, chèches, sacs et pochons, présentés en boutique aux côtés des créations qu’elle sélectionne.

    Cela change la nature du conseil. Lorsqu’elle recommande un objet fait main, elle sait comment il a été fabriqué, et ce que cela demande.

    Sa méthode, observée sur le terrain, tient en peu de choses. Elle écoute deux minutes. Elle pose trois questions. Puis elle tend l’objet juste. Pour deux visiteurs qui avaient la bougie comme horizon, l’expérience a quelque chose d’une révélation.

    Il reste un dernier talent, qu’Elsa n’a mentionné qu’à la toute fin, presque en passant. On ne le révélera pas ici. La vidéo s’en charge.

    Le bilan

    Chacun est reparti avec quelque chose. Quentin, avec des objets de table, pour offrir : un geste élégant, généreux, celui d’un homme responsable. Yann, avec une tablette de chocolat. Originale, certes. Quant à savoir si elle était destinée à quelqu’un d’autre, la question reste, à ce jour, ouverte.

    Dans une époque où l’on achète beaucoup et choisit peu, Tout l’Tralala propose l’inverse : peu de logique, beaucoup de goût, et quelqu’un pour vous guider. C’est, à Vernon, un petit trésor. Et comme tous les trésors, il vaut mieux savoir où il se cache.


    Tout l’Tralala
    4 bis rue des Tanneurs, 27200 Vernon
    Artisanat, créateurs, textile, bijoux, décoration, art de la table
    Créations textiles d’Elsa sous le nom de Jo la Frisette

  • À Vernon, une crêperie au bord de la Seine où l’on vient pour la fraîcheur et où l’on reste pour le caramel

    À Vernon, une crêperie au bord de la Seine où l’on vient pour la fraîcheur et où l’on reste pour le caramel

    Au bout du quai, dans les anciens locaux du ski nautique, la Crêperie Fleur de Seine sert depuis 2013 des galettes généreuses, une crêpe qui fait taire les tables, et une idée assez rare de ce que veut dire « faire maison ».

    VERNON (Eure). Il y a, dans chaque ville, un endroit où l’été devient supportable. À Vernon, cet endroit se trouve au ras de l’eau, là où la Seine ralentit et où l’air, même par les après-midi les plus écrasants, garde une petite fraîcheur de rivière. C’est là que Yann et Quentin, les deux complices du média Sur le Banc, ont posé leurs assiettes pour le nouvel épisode d’« Au coin de la Rue ».

    Ils étaient venus pour l’ombre. Ils sont repartis avec une histoire.

    La Crêperie Fleur de Seine n’a rien d’une adresse secrète : les Vernonnais la connaissent, les visiteurs de Giverny la découvrent, et ses terrasses se remplissent dès que le thermomètre grimpe. Mais peu de clients savent que le lieu a déjà vécu plusieurs vies. Avant les galettes, il y a eu le Moulin Vert, puis le Quai 37, et le local du club de ski nautique. Depuis 2013, c’est Armel qui tient la barre.

    Son parcours ressemble à celui de beaucoup d’enfants du pays. L’école hôtelière à Paris, puis la direction d’un restaurant dans la capitale. Une formation de maître crêpier à Rennes, parce qu’on ne s’improvise pas crêpière. Et puis, un jour, l’envie de rentrer. Vernon, Saint Adjutor, les origines. On part, on revient : à Vernon, c’est presque une tradition locale.

    Les débuts n’ont pas été simples. L’affaire, d’abord familiale, a dû grandir vite, parfois plus vite que prévu. Pendant le Covid, quand tant de restaurants fermaient leurs rideaux, Fleur de Seine a lancé la livraison, puis racheté le local voisin pour s’agrandir. Un pari, à une époque où parier semblait déraisonnable. Il a été gagné. Aujourd’hui, la maison compte 120 couverts à l’intérieur, une terrasse de 50 places, et une seconde terrasse, les pieds presque dans l’eau, réservée à l’apéritif.

    Une crêpe, et le silence

    À table, les deux complices ont suivi un protocole éprouvé. D’abord, trinquer, comme à chaque épisode. Ensuite, commander sérieusement.

    Yann a choisi la Barbe Bleue, l’un des best-sellers de la maison : haché de bœuf, poitrine fumée, oignons, emmental, fondue de tomate et sauce au bleu d’Auvergne, avec sa salade verte. Une galette qui ne fait pas semblant. Quentin, lui, est parti vers l’Italie avec la Mama Mia : burratina, emmental, jambon à la truffe et velours balsamique.

    Puis est venue la phrase que tout client de crêperie a prononcé au moins une fois : « juste une petite crêpe ».

    Elle s’appelle la Salidou. Caramel au beurre salé maison, chocolat chaud maison, amandes grillées, chantilly maison. Selon les témoins, la conversation s’est arrêtée net. Plus personne ne regardait la Seine.

    Petit conseil aux retardataires : le salé n’est plus servi après 14h30. Les amateurs de Barbe Bleue sont prévenus.

    Grandir dans la maison

    Ce qui frappe pourtant à Fleur de Seine, au-delà du caramel, c’est l’équipe. Une dizaine de personnes à l’année, cinq en cuisine et cinq en salle, et jusqu’à vingt salariés au cœur de l’été. Armel en parle comme d’une famille, et ce n’est pas une formule : les moments partagés hors service, les événements organisés ensemble, l’attention portée à chacun.

    Surtout, il y a les trajectoires. Le directeur de salle a commencé comme serveur. La cheffe de cuisine a débuté à la plonge. Dans un métier réputé pour son usure et son turnover, ces parcours racontent quelque chose de simple : ici, on ne se contente pas de recruter, on fait grandir.

    Cet attachement a ses conséquences. Un jour, un client a laissé au restaurant une note d’une étoile, jugeant les prix dignes d’une brasserie parisienne. Détail savoureux : il n’était pas encore venu. Il s’est présenté le lendemain. Armel est allée le trouver à sa table, lui a demandé s’il était bien l’auteur de l’avis, et l’a invité à aller déjeuner ailleurs. Une patronne qui défend son équipe bec et ongles : il existe des manières moins élégantes de tenir une maison.

    Le spot de l’été

    Entre la clientèle vernonnaise, fidèle, et les promeneurs venus de Giverny, Fleur de Seine a trouvé sa place : celle d’un endroit où l’on ne se presse pas. Les planches de charcuterie circulent sur la terrasse, les verres s’entrechoquent, la rivière fait le reste. Et quand le soleil tape trop fort, la salle intérieure, belle et chaleureuse, offre un repli tout aussi confortable.

    Par les grosses chaleurs, la question n’est donc pas de savoir où trouver un peu de fraîcheur à Vernon. Elle est de savoir si l’on résistera, en fin de repas, à la petite crêpe.

    Yann et Quentin, eux, connaissent déjà la réponse.


    Crêperie Fleur de Seine, bord de Seine, Vernon. Ouvert du mardi au dimanche. Service du salé jusqu’à 14h30.

    Retrouvez l’épisode complet d’« Au coin de la Rue » en vidéo sur Sur le Banc. Et vous, c’est quoi votre spot d’été à Vernon ? Dites-le nous en commentaire, on ira le tester.

  • Deux hommes, un défi, zéro vêtement neuf : chronique d’une friperie qui voit plus loin que ses portants

    Deux hommes, un défi, zéro vêtement neuf : chronique d’une friperie qui voit plus loin que ses portants

    Rue Saint-Jacques, Vernon s’est offert une boutique de seconde main qui cache, derrière ses cintres, huit tonnes de vêtements par jour et trente-trois parcours de vie. Nous y sommes allés avec une mission absurde. Nous en sommes ressortis convaincus.

    Tout est parti d’une idée qui, sur le moment, nous semblait excellente.

    Composer, chacun de notre côté, une tenue sur le thème « Sur le Banc ». Une seule règle, non négociable : tout en seconde main. Pas un bouton neuf, pas une étiquette qui sente encore l’usine. Personne ne nous l’avait demandé. Personne ne nous en a empêchés non plus, ce qui, avec le recul, était sans doute une erreur collective.

    Il nous fallait un terrain de jeu. Nous l’avons trouvé au 6 rue Saint-Jacques.

    Une boutique qui n’en a pas l’air

    Vintiz a ouvert ses portes le 3 juin. De l’extérieur, rien ne distingue la boutique d’une friperie soignée du centre-ville : des portants bien alignés, des pièces choisies, une lumière qui donne envie de prendre son temps.

    Ophélie nous accueille. Et en quelques minutes, nous comprenons que le mot « friperie » ne suffit pas.

    Ici, la formule maison tient en quatre mots, et elle revient dans toutes les conversations : seconde main, pas second choix. Des marques sélectionnées, des pièces uniques, du premium à prix friperie. Chaque article présent en boutique est également visible sur le site internet, ce qui permet de repérer sa pièce depuis son canapé avant de venir l’essayer. Internet, pour une fois, travaille pour le commerce de proximité, et non contre lui.

    Mais le plus intéressant, dans une boutique comme celle-ci, n’est pas ce qu’on voit sur les cintres. C’est le chemin qu’ont parcouru les vêtements pour y arriver.

    Le long voyage d’un pull

    Suivons un pull. N’importe lequel. Celui que vous avez sans doute, en ce moment, au fond d’un placard, et que vous ne porterez plus.

    Son voyage commence dans une borne de collecte. Il en existe 250, réparties sur la Métropole Rouen Normandie. De là, le pull rejoint Solidarité Textiles, le partenaire de Vintiz : un centre de tri textile installé en Normandie, une association née en 1995, à la mission sociale revendiquée.

    Là-bas, les chiffres donnent le vertige. Huit tonnes de vêtements arrivent chaque jour. Près de 1 600 tonnes sur une année, avec l’ambition d’atteindre 2 000. Chaque pièce est examinée à la main, pour déterminer si elle peut revivre ou non. Ce travail est confié à des salariés en parcours d’insertion : trente-trois personnes, sur la collecte et le tri, qui apprennent un métier en même temps qu’elles redonnent une seconde vie à nos vêtements. L’association dispose même d’une école de formation à Rouen.

    Tout ne peut pas encore être trié sur place. Une partie des volumes part vers d’autres centres, mais toujours en France, jamais à l’autre bout du monde. Et l’objectif affiché est clair : s’agrandir pour tout garder ici, en local.

    Enfin, Vintiz reprend la sélection premium et la ramène jusqu’à Vernon.

    Collecté en Normandie. Trié en Normandie. Vendu en Normandie. Le pull de votre placard pourrait très bien, dans quelques semaines, finir sur les épaules de votre voisin. Il y a pire destin pour un pull.

    Le sujet dont on parle trop peu

    Il faut s’arrêter un instant sur ce que tout cela raconte.

    Le vêtement est l’un des déchets les plus discrets de nos vies. Il ne déborde pas des poubelles, il ne fait pas de bruit. Il s’accumule simplement, dans les armoires d’abord, puis ailleurs. Des structures comme Solidarité Textiles existent précisément pour que ce « ailleurs » ne soit pas une décharge.

    Leur démarche va au-delà de la boutique. Des bornes sont actuellement testées dans des établissements scolaires, pour sensibiliser les plus jeunes au geste du dépôt. Et l’association soutient de nombreuses autres structures associatives, avec une particularité qui nous a frappés : elle le fait sans jamais en parler. Dans une époque où chaque bonne action se photographie, cette discrétion a quelque chose de presque subversif.

    Nous étions venus pour un défi vestimentaire. Nous avons reçu, sans l’avoir demandé, une petite leçon d’économie circulaire. Elle a pris. Nous sommes repartis sensibilisés, et, osons le mot, convaincus.

    Et les tenues, alors ?

    Venons-en à l’essentiel, puisque c’est la question que tout le monde se pose.

    Nos deux tenues « Sur le Banc » existent. Elles ont été composées avec sérieux, conviction et un budget qui ferait pâlir n’importe quel directeur financier. Elles sont, chacune à leur manière, des déclarations.

    Sont-elles réussies ? Sur ce point, les deux auteurs de cet article ne sont pas parvenus à un consensus. Chacun estime la sienne supérieure. Les discussions se poursuivent. Elles risquent de durer.

    Nous avons donc pris la seule décision raisonnable : laisser trancher les Vernonnais. La vidéo est en ligne. À vous de voter.

    Une chose est sûre, en revanche : nous sommes repartis habillés pour presque rien, un peu plus conscients de ce qui pend dans nos placards, et avec la certitude qu’à Vintiz, derrière chaque pièce, il y a de l’humain, de l’entraide et beaucoup de sourires.

    C’était, pour un défi lancé sur un coup de tête, un assez bon rendement.

    Vintiz, 6 rue Saint-Jacques, Vernon. Ouvert du mardi au samedi, de 10h30 à 19h. Toutes les pièces sont également visibles sur vintiz.fr.

  • Dimanche, Vernon marche (et court) pour la santé mentale

    Dimanche, Vernon marche (et court) pour la santé mentale

    Le 20 septembre, les Foulées Mentales reviennent au départ de la Clinique des Portes de l’Eure. Sans chrono, sans podium, avec un café et beaucoup de monde sur la ligne de départ.

    Il y a des courses où l’on regarde sa montre. Celle-ci n’en a pas besoin : il n’y aura pas de chronométrage. C’est écrit noir sur blanc dans le règlement, à l’article 7, avec une précision qui vaut manifeste : « il ne s’agit pas d’une compétition ».

    Dimanche 20 septembre, l’association Santé Mentale et Environnement (SME) organise la deuxième édition des Foulées Mentales, une marche et une course à pied qui traversent Vernon au départ de la Clinique des Portes de l’Eure. L’accueil commence à 9h30, autour d’un café et des stands partenaires, et l’idée tient en une phrase : rassembler le plus de monde possible, petits et grands, sportifs du dimanche ou coureurs du samedi, usagers et familles, pour parler santé mentale autrement qu’en salle de réunion.

    Deux distances, quatre façons d’y aller

    Le principe est volontairement simple. Deux boucles, 5 et 8 kilomètres, chacune déclinée en marche et en course. Les 8 km s’élancent à 10h00, les 5 km à 10h30. Dans tous les cas, on vous attend trente minutes avant votre départ, dossard épinglé bien visible sur la poitrine (les épingles sont fournies, c’est cadeau).

    Autant dire qu’aucune excuse ne tient vraiment. On peut venir en famille, en poussette de motivation, en groupe de collègues ou seul avec ses baskets du fond du placard. Les mineurs sont les bienvenus, sous la responsabilité de leurs parents, et repartent avec une médaille à l’arrivée. Chaque enfant inscrit reçoit aussi un bracelet. Les adultes, eux, récupèrent un t-shirt avant la course, dans la limite des 300 exemplaires disponibles : c’est le genre de détail qui récompense ceux qui s’inscrivent tôt.

    Côté sécurité, le dispositif est sérieux : un Dispositif Prévisionnel de Secours est déployé, des signaleurs sont postés sur le parcours, le SDIS et la gendarmerie sont informés de la manifestation. Une équipe de secouristes équipée en matériel roulant et médical sera sur place. Le règlement rappelle au passage que chaque participant s’engage à porter assistance à un concurrent en difficulté jusqu’à l’arrivée des secours. Une course sans classement, mais avec une solidarité obligatoire : c’est assez bien résumé.

    Où va l’argent

    L’inscription coûte 10 euros pour les majeurs et 5 euros pour les mineurs. Les fonds collectés servent d’abord à faire tourner la course, et tout excédent budgétaire sera intégralement reversé à l’UNAFAM, l’Union Nationale de Familles et Amis de personnes Malades et/ou handicapées psychiques.

    Ce reversement a une destination précise : financer la Psycyclette, édition 2027. Organisée tous les deux ans par l’UNAFAM, cette randonnée cycliste de plus de 300 kilomètres rassemble une centaine de participants avec un objectif clair, changer le regard porté sur les troubles psychiques. Autrement dit, les kilomètres avalés dimanche matin dans les rues de Vernon se transformeront, l’an prochain, en kilomètres de vélo ailleurs en France. Il y a des chaînes de solidarité moins lisibles que celle-là.

    Sur place, plusieurs stands consacrés à la santé mentale seront installés. Et l’association marraine de l’événement, Santé Mentale et Environnement, tiendra un stand où des t-shirts seront proposés à la vente, là encore selon les stocks.

    Nous y étions

    Petite transparence maison : Quentin, du média, avait participé à l’édition précédente. On en avait même tiré une vidéo, et il en était revenu avec cette impression bizarre et plutôt réjouissante d’un dimanche matin où personne ne se compare à personne. Pas de sprint final, pas de dossard qu’on cache parce qu’on a fini dernier. Juste une ville qui se retrouve à marcher ensemble pour un sujet dont on parle encore trop souvent à voix basse.

    Comment s’inscrire

    En ligne, jusqu’au jour J, par carte bancaire sur la page HelloAsso de l’association : Inscription aux Foulées Mentales

    Sur place (chèque ou espèces uniquement), avec retrait des dossards et des t-shirts à trois moments :

    • Vendredi 18 septembre, de 16h00 à 19h00, à Intersport (Saint-Marcel)
    • Samedi 19 septembre, de 10h00 à 12h00, à la Clinique des Portes de l’Eure
    • Dimanche 20 septembre, à partir de 9h00, sur le lieu de l’événement

    À noter : l’inscription est ferme et définitive, sauf présentation d’un certificat attestant d’une contre-indication médicale. Le transfert de dossard à un tiers est interdit. En cas de force majeure (météo notamment), les frais d’inscription sont restitués si l’événement est annulé, les organisateurs se réservant aussi la possibilité de modifier le parcours ou de reprogrammer la manifestation à une date ultérieure.

    En pratique

    • Quand : dimanche 20 septembre 2026, accueil dès 9h30
    • Où : départ de la Clinique des Portes de l’Eure, Vernon
    • Départs : 8 km (marche et course) à 10h00, 5 km (marche et course) à 10h30
    • Tarifs : 10 € adultes, 5 € mineurs
    • Contact : evenement@clinique-portes-eure.com

    Reste la question qui fâche, celle que tout Vernonnais devra trancher d’ici dimanche matin : 5 ou 8 ? Marche ou course ? Dans tous les cas, la bonne réponse est d’y être.

  • Le Trail de Vernon-Giverny revient le 30 août, et c’est peut-être la plus belle façon de finir l’été

    Le Trail de Vernon-Giverny revient le 30 août, et c’est peut-être la plus belle façon de finir l’été

    Deux parcours, une marche, des sentiers entre Seine, forêt et coteaux. La course organisée par le SPN Vernon athlétisme s’élancera du stade de Vernonnet pour une nouvelle édition ouverte à tous.

    VERNON, Normandie. Il existe deux façons de découvrir les paysages qui relient Vernon à Giverny. La première : le nez collé à la vitre d’un car de touristes, entre deux arrêts photo. La seconde : un dossard sur le ventre, de la terre sous les chaussures, le souffle court dans une côte et la Seine qui scintille en contrebas. Le dimanche 30 août 2026, c’est la seconde option qui sera à l’honneur.

    Le Trail de Vernon-Giverny, organisé par le SPN Vernon athlétisme depuis plus de quinze ans, remet le couvert pour une nouvelle édition. Le principe n’a pas changé, et c’est tant mieux : partir du stade de Vernonnet, s’enfoncer dans les bois, grimper sur les coteaux, longer les chemins de campagne et revenir par des sentiers que même certains Vernonnais ne connaissent pas.

    Un terrain de jeu qui a inspiré Monet

    On ne va pas se mentir : des trails, il y en a partout. Mais peu peuvent se vanter de traverser un décor pareil. Entre Vernon et Giverny, le parcours enchaîne forêt, reliefs normands et vallée de la Seine, dans cette lumière si particulière qui a convaincu Claude Monet de poser ses valises ici il y a plus d’un siècle. Lui peignait des nymphéas. Vous, vous transpirerez devant le même paysage. Chacun son art.

    Et que les sceptiques du plat pays se rassurent : la Normandie sait aussi grimper. Le 20 km affiche 420 mètres de dénivelé positif, de quoi faire chauffer les mollets et relativiser l’idée reçue selon laquelle la région serait toute plate.

    Trois formats, zéro excuse

    C’est la grande force de ce rendez-vous : tout le monde y a sa place.

    Le trail 20 km (D+ 420 m) s’adresse aux coureurs qui veulent en découdre avec les coteaux. Le trail 10 km (D+ 220 m) est idéal pour une première expérience en nature ou pour courir sans hypothéquer son dimanche après-midi. Et la marche de 10 km permet de profiter exactement des mêmes paysages, à un rythme qui laisse le temps de les regarder.

    Débutants, aguerris, marcheurs, familles venues encourager : l’an dernier, plus de 300 participants ont pris le départ, dans une ambiance de fête de fin d’été qui fait la réputation de l’épreuve. Le club organise ce trail depuis de nombreuses années et tout est fait pour bien accueillir les coureurs, du ravitaillement au balisage.

    Pourquoi il faut s’inscrire maintenant

    Parce qu’il reste quelques semaines pour se préparer, et que c’est exactement ce qu’il faut. Pour un 10 km, deux à trois sorties par semaine suffisent à arriver au départ avec le sourire. Pour le 20 km, on ajoute un peu de dénivelé à l’entraînement et le tour est joué. Et pour la marche, il suffit d’une paire de chaussures et d’une bonne humeur raisonnable un dimanche matin.

    Parce qu’aussi, il y a peu de meilleures façons de clore un été : une matinée dans les bois, une arrivée au stade sous les applaudissements, et le sentiment d’avoir vu son propre territoire autrement.

    Infos pratiques

    Le Trail de Vernon-Giverny se tiendra le dimanche 30 août 2026, avec départ et arrivée au stade de Vernonnet, à Vernon. Trois formats au programme : trail 20 km, trail 10 km et marche 10 km. Les inscriptions se font en ligne : inscrivez-vous ici.

  • À vingt-deux ans, elle a ouvert son salon. Et Serge ne nous parle plus

    À vingt-deux ans, elle a ouvert son salon. Et Serge ne nous parle plus

    Rue après rue, Vernon voit s’installer une génération de commerçants qui n’attendent plus leur tour. À L’Escapattes, Clarisse toilette chiens, chats, lapins, et un jour une souris. Reportage.

    Il y a d’abord le bruit. Un souffle continu, tiède, régulier, qui remplit la pièce et couvre tout le reste : la rue, les voitures, nos deux voix. Puis il y a Serge, immobile sur la table, le regard fixé sur un point invisible au-dessus de notre épaule, avec la dignité résignée de celui qui a compris qu’il ne décidait plus de rien.

    Serge n’avait pas été consulté. Serge, ce matin-là, était le sujet du reportage.

    Autour de lui, une jeune femme travaille sans se presser. Les gestes sont courts, précis, appris. Elle parle à l’animal plus qu’à nous, d’une voix basse, continue, celle qu’on prend pour rassurer quelqu’un qui ne comprend pas les mots mais comprend tout le reste. C’est Clarisse. Elle a vingt-deux ans. Le salon dans lequel nous nous trouvons est le sien.

    Le détour par la médecine

    Il y a un âge, dans l’enfance, où l’on décide qu’on sera vétérinaire. La plupart des enfants changent d’avis. Clarisse, elle, y est allée voir.

    Elle a grandi entourée d’animaux, passionnée par tous, sans distinction : les familiers comme les autres. La voie semblait tracée. Puis sont venus les stages, et avec eux ce que le métier comporte de moins racontable : la maladie, l’urgence, les décisions qu’on ne veut pas prendre. Elle s’est découverte trop sensible pour cela. Non pas incapable. Sensible. La nuance compte, et elle la revendique.

    Ce qu’elle voulait garder, c’était le reste. Le contact, le soin, le moment où l’animal se détend. Le positif. Rien que le positif.

    Restait à trouver le métier qui contenait tout cela et rien d’autre. Ce fut le toilettage. Une formation, un certificat, et un coup de cœur immédiat, de ceux qui ne se discutent pas.

    Le retour

    Les deux premières années se sont passées ailleurs, en région parisienne, à apprendre le métier chez d’autres. C’est là qu’on apprend vraiment : dans les journées longues, les chiens difficiles, les clients pressés.

    Et puis il y a eu Vernon.

    Officiellement, c’est le hasard. Officieusement, c’est un retour. Clarisse est une enfant du coin : petite, elle vivait à Pacy. La campagne, elle l’aime pour de bon, pas comme un décor de week-end. Quand la vie lui a proposé de revenir, elle n’a pas eu besoin de longues délibérations.

    L’histoire, dans sa version longue, tient à un chaton. Une dame lui en dépose un, un jour. Elle craque. Et de fil en aiguille, cette petite chose décide de son adresse pour les années à venir. Aujourd’hui, deux chats l’attendent à la maison. Ce sont eux, en un sens, qui ont eu le dernier mot.

    Le pas suivant a été le plus vertigineux : se mettre à son compte. À vingt-deux ans, avec deux ans de métier, il faut une bonne dose de confiance : la sienne, et surtout celle qu’un premier patron lui a accordée avant tout le monde. Elle en parle comme d’une dette heureuse.

    L’Escapattes a ouvert ce printemps.

    Tout le monde passe sur la table

    Un salon de toilettage, dans l’imaginaire collectif, c’est un caniche sous un séchoir. La réalité est plus large.

    Ici, les chiens et les chats forment évidemment le gros du trafic. Mais on y voit aussi des lapins. Des cochons d’Inde à poil long. Oui, cela existe. Et oui, cela s’entretient. Et, une fois, une souris. Clarisse le raconte en riant, comme une anecdote de métier, et c’est effectivement l’animal le plus inattendu qu’elle ait eu entre les mains.

    Ce détail dit quelque chose de la maison : on ne trie pas les clients par gabarit.

    Le reste du temps, elle conseille. Sur l’alimentation. Sur l’entretien entre deux passages : le brossage, la fréquence, les erreurs courantes. Ce sont des conversations gratuites, glissées pendant le séchage, et elles valent souvent autant que la prestation elle-même. Pour un chien, elle recommande un rythme d’environ un toilettage tous les deux mois. À terme, elle aimerait élargir vers le massage et l’ostéopathie animale.

    Le secteur, il faut le dire, va dans son sens : les propriétaires prennent soin de leurs animaux comme jamais auparavant.

    Le protocole Serge

    Revenons à Serge, puisqu’il est la vedette.

    Programme complet. Shampoing au chèvrefeuille, d’abord. L’odeur envahit la pièce, sucrée, un peu entêtante. Puis un soin du poil. La truffe est nettoyée avec des lingettes à l’aloe vera, geste minutieux qui exige une patience que nous n’aurions pas. Une crème vient ensuite, sur la truffe et sur les coussinets, ces deux surfaces qu’on oublie toujours et qui prennent tout.

    Les ongles ? Rien à signaler. Monsieur était à jour.

    Reste la touche finale : un nuage de parfum.

    C’est à cet instant précis que quelque chose bascule. Serge descend de la table. Il sent bon, il brille, et, c’est le plus troublant, il en a manifestement conscience. Il traverse la pièce avec une assurance nouvelle. Il ne nous regarde plus. Nous ne sommes plus, à ses yeux, que le personnel.

    Ce que ça dit de Vernon

    On pourrait n’y voir qu’une ouverture de commerce parmi d’autres. Ce serait passer à côté.

    Ce qui se joue rue après rue, à Vernon, c’est l’arrivée d’une génération qui ne demande plus la permission d’attendre. Vingt-deux ans, un métier appris ailleurs, ramené ici, et une enseigne à son nom. Il y a dix ans, on serait resté salarié encore cinq ans. Aujourd’hui, on se lance.

    Le pari est réel : un salon de toilettage vit de fidélité, et la fidélité se construit lentement, animal après animal, bouche-à-oreille après bouche-à-oreille. Mais on comprend vite, en la regardant travailler, où se situe son avantage. Clarisse s’occupe des animaux des autres comme des siens. Ce n’est pas un argument commercial : c’est simplement ce qu’on observe, pendant une heure, sans qu’elle ait besoin de le dire.

    On était venus faire un sujet sur un commerce. On est repartis avec un chien parfumé qui nous ignore.

    C’était, semble-t-il, le prix à payer.

    L’Escapattes,
    25 Rue d’Albufera, 27200 Vernon.

    Instagram : @lescapattes